Cloud Atlas #2 - philosophie et valeurs bouddhistes

Je poursuis ma série d’articles consacrés à Cloud Atlas, le film des soeurs Wachowski et de Tom Tykwer, avec une lecture bouddhiste de l’histoire. Lisez cet article si vous avez déjà vu le film… Sinon, gare aux spoilers!

Avant de commencer, si vous souhaitez lire mon analyse de l’introduction du film, c’est par ici !

Une philosophie bouddhiste

Śūnyatā, ou le principe de vacuité

Le terme sanskrit Śūnyatā désigne “la vacuité des êtres et des choses». Dans cet extrait de «Et si vous m’expliquiez le bouddhisme ?», Ringou Tulkou Rimpotché explique :

“La meilleure définition est, à mon avis, « interdépendance », ce qui signifie que toute chose dépend des autres pour exister. […] Tout est par nature interdépendant et donc vide d’existence propre. »

Cette vision du monde est révélée et défendue par Sonmi-451, personnage principal du Neo Seoul de 2144, dans une des scènes culminantes du film :

“Our lives are not our own. From womb to tomb, we are bound to others, past and present. And by each crime and every kindness, we birth our future.”

Sonmi-451

Soit, en français :

“Sur cette terre, nos vies ne nous appartiennent pas. De la matrice à la tombe, les hommes sont liés les uns aux autres. Passé et présent. Et par chaque crime et chaque bonne action, nous formons notre avenir.”

Le concept d’interdépendance se retrouve également dans le nom de Sonmi. En effet, en langue des oiseaux — un procédé qui joue notamment sur les sonorités pour révéler le sens caché des mots et des phrases — Sonmi signifie “ils sont moi” (“son mi”) en espagnol.

En anglais, c’est “mon fils” (my son) qui s’impose. Or, le fils symbolise l’héritage que l’on laisse après nous. Nous retrouvons ici l’idée de continuité et de répercussion de nos actions passées et présentes dans l’avenir.

La puissance de ses révélations sera telle, que Sonmi sera déifiée par la postérité, comme en témoignage l’époque de Zachry en 2321.

Petite parenthèse chrétienne : nous pouvons voir en Sonmi une figure christique, qui choisit de se sacrifier pour transmettre son message. Pour sa participation à la rébellion, elle subira la “cérémonie de l’Exultation” qui, plus tôt dans le film, a été proposée comme une référence visuelle à la crucifixion :

Une clone après la cérémonie de l’Exultation

Comme le Christ, le sacrifice de Sonmi a une vocation salvatrice. En effet, ses révélations ont pour objectif d’éveiller les consciences afin d’épargner les innocentes.

La Loi du Karma, ou Loi de Cause à Effet

Si l’on se réfère à l’idée que “par chaque crime et chaque bonne action, nous formons notre avenir”, l‘acte de bravoure de Sonmi n’est plus un sacrifice. Au contraire, il s’agit d’un choix conscient : celui de former son avenir en agissant dans le présent. C’est la Loi du Karma.

En présentant des personnages joués par les mêmes acteurs dans différentes époques, Cloud Atlas affirme le principe de réincarnation, intrinsèquement lié à la Loi du Karma. Cette idée se retrouve dans les révélations de Sonmi :

“The nature of our immortal lives is in the consequences of our words and deeds, that go on and are pushing themselves throughout all time.”

Soit en français :

“La nature de nos vies immortelles s’enracine dans les conséquences de nos paroles et de nos faits, qui se poursuivent et qui sont punis à travers le temps.”

Nous sommes donc les propres créateurs de notre vie actuelle et de nos vies futures.

“Dans la tradition bouddhiste on insiste sur le sens de la responsabilité personnelle plutôt que sur un être transcendant.” Le Dalaï-Lama

Et c’est le sujet central du film : illustrer la Loi du Karma et la répercussion de chaque action au fil des réincarnations, à travers l’évolution de différents personnages.

Mais la Loi de Cause à Effet peut aussi s’opérer au sein d’une même vie, comme le montre l’histoire d’Adam Ewing et de sa traversée du Pacifique en 1849.

Rappel de l’histoire : durant son voyage, Autua, un esclave fugitif qui a réussi à monter clandestinement à bord d’un navire en route vers San Francisco, demande à Adam de l’aider à intégrer l’équipage. Ce dernier prend peur et tente de se protéger en répondant : “I can’t help you! I’m afraid your fate is entirely yours and I design no part in it” (soit, en français : “Je ne peux pas t’aider ! J’ai bien peur que ton destin soit entre tes mains et je ne veux pas me mêler de cela”). Mais sur l’insistance d’Autua, Adam finit par accepter, et même pas réussir ! (Comme quoi oser, c’est déjà faire la moitié du chemin 😉).

Autua

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Adam tombe gravement malade, empoisonné par le Dr. Goose, qui en a après son argent. Et c’est justement grâce à l’amitié et à la fidélité d’Autua qu’Adam, au plus mal, finira par échapper à la mort.

Adam Ewing et le Dr. Henry Goose

Si Adam n’avait pas aidé Autua, ce dernier serait sûrement mort et il n’aurait pas pu le sauver. Par son choix d’aider son prochain et de dépasser ses propres intérêts, Adam s’est donc sauvé lui-même, selon la Loi du Karma.

Un autre exemple, à une autre époque : l’évasion de la maison de retraite de Timothy Cavendish et de ses amis.

Mr. Meeks

Rappel de l’histoire : alors que la voiture qui doit les mener vers la liberté est cernée par le personnel de Aurora House, les fugitifs voient surgir Mr. Meeks, leur compagnon, qui souhaite s’enfuir avec eux. Malgré les risques, ils reviennent le chercher et ils parviennent à s’échapper tous ensemble. Quelques heures plus tard, alors qu’ils savourent leur liberté dans un pub écossais, leurs poursuivants finissent par les retrouver. Or, c’est justement Mr. Meeks qui va les sortir de ce pétrin, en ralliant à leur cause ses compatriotes Écossais !

Cette fois encore, la compassion, l’altruisme et l’abnégation sont récompensés par la Loi du Karma.

Ainsi, Cloud Atlas illustre, à travers différentes histoires, une des maximes de Bouddha :

“Le bonheur est né de l’altruisme et le malheur de l’égoïsme.”


À mes yeux, Cloud Atlas est une magnifique histoire de compassion et d’altruisme, qui met l’accent sur la responsabilité individuelle et la puissance de chaque action, comme en témoigne une des répliques clés du film : “what is an ocean but a multitude of drops?” (“qu’est-ce qu’un océan, si ce n’est une multitude de gouttes ?)” — Adam Ewing. Cloud Atlas encourage donc chaque individu à vivre en accord avec ses valeurs et à s’opposer à toute forme de cruauté, car il suffit parfois d’une goutte d’eau pour faire pencher la balance…

Une réflexion sur “Cloud Atlas #2 - philosophie et valeurs bouddhistes

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s