Lecture de confinement : Léon l’Africain d’Amin Maalouf

Cela fait déjà trois semaines que la France est en confinement. Si nous sommes en bonne santé (ce qui est le plus important), notre monde s’est réduit à notre logement, notre supermarché de proximité et, si nous faisons partie de ces Français qui contribuent à la continuité des activités essentielles de notre pays, notre lieu de travail. En cette période de crise sanitaire, les plus fortunés sont ceux qui possèdent un jardin, ou même un balcon. Mais qu’est-ce qu’un balcon, face à l’immensité du monde ? Ne rêvez-vous pas, particulièrement en ce moment :

  • de vous évader dans la belle Grenade médiévale,
  • de vous perdre dans les souks de Fès,
  • de vous émerveiller face aux mosquées de Tombouctou,
  • d’avoir le souffle coupé devant les grandes pyramides d’Egypte,
  • de faire un tour dans la ville impériale appelée tour à tour Byzance, Constantinople et Istanbul,
  • et de terminer votre voyage dans la Rome millénaire, cité des papes et capitale du pays de la dolce vita ?

Alors laissez-vous embarquer par l’incroyable récit d’Hassan al-Wazzan, dit Léon l’Africain, ce diplomate et explorateur polyglotte qui vécut au XVIe siècle. Son histoire prend une dimension incroyablement poétique sous la plume de l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, élu à l’Académie Française en 2011. J’ai découvert ce livre grâce à Toufik, un collègue humaniste et passionné d’histoire, que je remercie chaleureusement pour cette belle découverte.

Ce que je retiens de ce roman

Léon l’Africain est sans conteste un roman qui fait voyager. Amin Maalouf nous plonge dans l’ambiance des villes et des paysages que traverse Hassan al-Wazzan au cours de sa vie. Il a cette capacité incroyable d’en saisir l’essence, de décrire les sons, les couleurs, les odeurs et la nourriture comme si nous y étions. Cette manière d’écrire est à mes yeux un double hommage à la beauté de la langue française, et à la richesse de toutes ces cultures.

Pour moi, Léon l’Africain est avant tout un fabuleux roman initiatique, durant lequel nous voyons le jeune Hassan devenir un homme. Ses voyages, ses rencontres et ses expériences lui permettent d’acquérir la sagesse qui lui permettra de pardonner à son père et de rentrer dans l’histoire en tant que Léon l’Africain.

C’est également une histoire qui s’inscrit dans l’Histoire avec un grand H, en nous plongeant dans les intrigues politiques de l’époque. Nous y rencontrons des figures marquantes du XVIe siècle telles que le Grand Turc Selim, le capétien et roi de France François Ier, le Pape Léon X ou encore le pirate Barberousse. Ce roman dépeint par ailleurs un épisode particulier, qui fait écho à ce que nous vivons aujourd’hui avec le Covid-19, à savoir l’épidémie de peste qui a frappé de nombreuses régions du monde, en se propageant de ville en ville. Il raconte la fuite des habitants, contraints d’abandonner tous leurs biens pour sauver leur vie et celle de leur famille. Heureusement, la gestion de cette crise n’est pas comparable avec la nôtre, bien que les deux situations soient dramatiques.

Léon l’Africain est aussi un roman qui célèbre l’amour, celui qui fait fi des conventions pour ne suivre que l’élan du coeur. D’autres sentiments, tels que l’amitié, la fidélité et la reconnaissance, occupent une place centrale dans ce récit. Un épisode qui m’a particulièrement touché est celui où deux inconnus, qui ne sont pas originaires du même pays, s’échangent leurs maisons et tous leurs biens en pleine épidémie de peste, sans chercher à monnayer ou à tirer profit de la situation. Une leçon inspirante d’humanité, de solidarité et de confiance.

Enfin, c’est un roman qui célèbre la tolérance et qui montre que, au-delà de notre culture, de notre religion, de notre nation, voire même de notre nom, nous sommes tous des frères et des soeurs, issus de la même Humanité.

En somme, Léon l’Africain est un magnifique récit d’aventures, qui s’inscrit dans un contexte historique riche et qui, en même temps, célèbre la tolérance, la solidarité et l’amour. L’histoire d’Hassan al-Wazzan nous invite à faire confiance à ce que nous apporte la vie, à accueillir toutes les expériences et à naviguer avec le courant : tout ira bien si nous agissons avec notre coeur.

Finalement, n’est-ce pas cela la vie : une magnifique épopée à vivre ?

Une réflexion sur “Lecture de confinement : Léon l’Africain d’Amin Maalouf

  1. Une magnifique analyse de ce qui restera l’une de mes lectures préférées (si ce n’est ma lecture préférée !). Dans ce livre on trouve de l’histoire, de la philosophie, de la poésie, de l’amour, de l’amitié, de l’aventure, … bref c’est une leçon de vie.
    De toute manière, un livre qui commence par « Moi, Hassan fils de Mohamed le peseur, moi, Jean-Léon de Médicis, circoncis de la main d’un barbier et baptisé de la main d’un pape, on me nomme aujourd’hui l’Africain, mais de l’Afrique ne suis, ni d’Europe, ni d’Arabie. On m’appelle aussi le Grenadin, le Fassi, le Zayyati, mais je ne viens d’aucun pays, d’aucune cité, d’aucune tribu. Je suis fils de la route, ma patrie est caravane, et ma vie la plus inattendue des traversées. » ne peut être qu’une invitation au voyage…

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